Haa Tension !

Haa Tension !

Lundi, 26 Janvier 2026

Mais qu’est-ce que ce graphique un peu obtus, enfin… arrondi ?

Nous utilisons ce graphique comme illustration de la tension de chaque rayon sur la roue : chaque couleur représente une nappe de rayons d’une roue, côté disque (Non-Drive Side) ou cassette (Drive-Side). C’est la dernière étape de la construction d’une roue et fait partie de notre contrôle qualité ; cela nous permet d’identifier des rayons mal tensionnés ou des motifs de tension particuliers lors d’une réparation, ou plus tard, lorsque la roue revient, de suivre son évolution. On vise habituellement entre 1100 et 1250 N pour le côté le plus tendu de la roue, avec un écart maximal de 5 % à la moyenne — c’est aussi la limite de précision des tensiomètres. À 5 % de différence, on parle dans la profession d’une roue « parfaite », du moins au niveau des tensions.

Regardons maintenant deux graphiques en détail 

Tension d'une Roue Shimano - Sortie du carton

Le premier représente une roue à montage industriel de Shimano, on l’a reçue ainsi et mesuré la tension pour vérifier. Cette roue dispose de composants basiques et solides. e parfaits pour un vélo de ville.

Tension d'une roue Couture et Bicyclette.

La deuxième est une roue carbone pour le gravel, construite par nos soins — du très joli matos pour cycliste ambitieux. Le but n’est pas de vendre du carbone, c’est simplement le premier graphe que j’avais sous la main… Toutes nos roues auront un graphique similaire avec de jolis ronds.

Bon, mais alors… la forme en dent de scie du graphique de la première roue est-elle un problème ?

Oui et non… Pour un vélo de ville, parcourant peu de kilomètres par jour, quelques centaines par an, aucun problème : la première roue fera son travail parfaitement pendant de longues années, et en cas d’accident, elle est peu chère à remplacer, environ 120 francs.

Par contre, si le vélo est destiné à un sportif motivé ou à un usage électrique, pour du commuting avec plusieurs milliers de kilomètres par an… alors cette roue sera rapidement très malheureuse…

Et pourquoi si malheureuse ?

À chaque petit choc sur la route, kilomètre après kilomètre, les rayons absorbent : ils plient, se détendent, travaillent — c’est leur job, à vrai dire ! C’est pourquoi ils sont là. Pourtant, sur cette roue, certains rayons sont sous-tensionnés, surtout du côté disque à l’arrière (NDS). Ils travaillent davantage ; parfois, le poids et le choc sont si importants qu’ils perdent toute tension, ils sont libres… Et tac tac tac, ça tape. L’écrou serrant le rayon se retrouve donc libre à son tour, il tourne, un tout petit peu. Ainsi, choc après choc, la roue se dérègle, ça empire, ça devient mou… Les rayons alentour compensent… Eux aussi se mettent à travailler. Et pour finir : du voile apparaît. Puis un rayon, ayant trop travaillé, tac tac tac, casse au coude sur le moyeu, puis un autre, etc.

On comprend donc que le nombre de kilomètres, le type de terrain et le poids vont influencer le nombre et la gravité des chocs : pneus, suspension… Un vélo cargo avec un bon papa et deux enfants, les rayons travailleront plus.

Tout ça pour en venir à ceci : notre travail, c’est de construire des roues comme le deuxième graphe, avec une tension des rayons similaires par côté de roue. Et pas forcément en carbone… Simplement LA bonne roue, pour tous ceux qui accumulent les kilomètres et ces millions de petits chocs. On choisit le bon nombre de rayons avec le bon diamètre, la solidité de la jante, du moyeu, etc. Tout ça pour optimiser la performance sans mettre en péril la solidité.

Ces roues répartissent au mieux les efforts entre les rayons, il n’y a pas de maillons faibles. Elles ne bougent pas, elles ne cassent pas de rayons. Elles sont donc garanties à vie pour le voile et la casse de rayon.

Car malgré tout, ça arrive ! Évidemment que ça arrive de casser un rayon : les forces en jeu, le matériel et les matériaux… Rien n’est totalement parfait. Mais c’est très très très rare, et votre roue fera beaucoup, beaucoup, beaucoup de kilomètres. Et s’il y a un problème, ben on est là, et on la remettra en route.

Pour finir, on peut évidemment retoucher une roue industrielle pour égaliser les tensions et la rendre parfaite, on fait souvent ça pour des vélos de voyage par exemple, qui ont déjà des roues souvent bas de gamme et qui auront besoin de cette update lorsqu'ils seront maltraités...

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